Du 01 au 15 octobre 2018, le Collectif Etc est intervenu à Trafaria, petit village de pêcheurs en face de Lisbonne (PT) pour réaliser un dispositif mobile en collaboration avec EDA – Oficina de Gato Morto et avec le soutien de l’Institut Français de Paris.

Trafaria, delta du Tage. Face à Lisbonne, une prison du 19ème siècle. Devenue prison militaire sous la dictature Salazar, elle se vide des opposants politiques qui y furent incarcérés et torturés pendant les 6 années qui suivirent la Révolution des Œillets de 1974. Désaffectée depuis le début des années 80, elle devient le terrain de « jeu » d’une bande de paramilitaires de pacotilles ou d’anciens militaires nostalgiques, qui se tirent dessus avec des fusils à billes. Elle fut également longuement occupée par les participants au carnaval « La Marcha ».

En 2013 née l’association E-DA, au cours de l’un des derniers projets d’eXYZT, Casa do Vapor, réalisé à quelques kilomètres de là, sur la plage du village de Cova do Vapor. Elle se compose d’un groupe qui ne cesse de se modifier en fonction des actions, regroupant des architectes, constructeurs, designers ou graphistes pour mener diverses actions sur Trafaria et ses alentours. L’une de ses missions est la réactivation de cette ancienne prison, donnant lieu à cette collaboration avec le Collectif Etc.

Dans ce contexte, l’invitation adressée au Collectif Etc était d’imaginer un dispositif de cinéma mobile, permettant à l’équipe d’E-DA de proposer des événements autour de projections de films dans la prison ou dans les environs. Mais aussi de pouvoir l’emporter ailleurs au cas où la municipalité, qui ne soutient pas le projet d’occupation, leur demanderait de quitter les lieux…

Nous sommes donc venus habiter la prison pendant une quinzaine de jours. Une vie quotidienne s’est mise en place. Nous dormions dans les étages de la prison, une vingtaine de personnes du Collectif Etc et de E-DA. Des tours de cuisine et de vaisselle se sont mis en place, les fêtes se sont enchainées, entre les toasta-mista et les apéros au bord du Tage, entre-coupée d’une belle soirée d’échanges, en mangeant des sardines grillées dans le penthouse de Sam, avec en guest-stars Colectivo Warehouse, On/Off, et l’équipe de GatoMorto.

Pour la réalisation du dispositif mobile, une série de contraintes d’usages nous a été posée : structures légères, déplaçables facilement, pouvant s’adapter à diverses situations, offrant de multiples configurations possibles, le tout pour moins de 4 000 € de matériaux et réalisable en quelques jours. Nous avons donc proposé un dispositif modulaire, structure métal et assise en panneaux de contre-plaqué, dont chaque élément est déplaçable par une seule personne et dont la forme et les hauteurs peuvent permettre une série de déclinaisons : le banquet, le théâtre, la conférence… et bien sûr le cinéma, demande initiale.

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C’est donc en suivant les principes fordistes d’un travail à la chaîne, où chacun était à son poste et répétait les mêmes gestes toute la journée, que nous avons construit une cinquantaine de modules en quelques jours. Nous les avons sérigraphiés et vernis, et mis en lumière avec l’aide d’Arthur pour que l’ensemble soit fin prêt pour la première soirée du festival CinéMar, le deuxième vendredi soir de notre présence sur site.

 

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CinéMar est un festival de films sur la mer, imaginé par E-DA / GatoMorto, s’installant dans et en-dehors de la prison. La première sortie se déroula sur la place centrale de Trafaria, habituellement désertée à la tombée de la nuit. Pour annoncer l’événement, nous avons collectivement dessiné et sérigraphié des affiches, disséminées ensuite un peu partout dans le village. Dans ce même objectif, nous avons organisé une parade, une déambulation dans les ruelles du village, avec une partie des modules reposant sur un char construit à cet effet.

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En début de soirée, de nombreuses personnes avaient pris place sur la structure. Cornets de pop-corn en main, les spectateurs ont assisté à la projection de trois films : À Procura de Nemo, d’Andrew Stanton ; Lu Tempu De Li Pisci Spata, de Vittorio de Seta ; Tsukiji, d’Allan Sekula. Le lendemain, l’avis de tempête nous empêcha d’organiser la deuxième session dans la cour de la prison. Nous avons donc installé les modules en intérieur, testant par la même une nouvelle configuration du dispositif, pour y projeter cette fois Ponyo, d’Hayao Miyazaki.

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Nous tenons à remercier très chaleureusement l’ensemble des personnes rencontrées, avec qui nous avons vécu ces deux belles semaines dans la prison, et tout particulièrement : Amália Buisson, Arthur Andrieu, Artur Pispalhas, Carole Theodoly, Fabienne Garti, Julien Fagerton, Maddalena Pornaro, Miguel Magalhães, Samuel Boche, Samuel Carvalho, Saskia Selwood, Sofia Costa Pinto, ainsi que l’Institut Français de Paris, qui a apporté un soutien financier à notre venue.