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Marseille, Friche Belle de Mai, printemps 2015. La SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif) administrant la Friche continue son effort pour ouvrir progressivement les anciennes manufactures de tabac au quartier de la Belle de Mai. Après avoir coordonné la construction de nombreux équipements culturels et s’être attelée à des programmes plus diversifiés – crèche, librairie, aire de jeux, skatepark, jardins collectifs et terrain de sport – elle s’engage dans un projet de logements “dé-normés” : un projet d’habitat social et participatif, qui devrait voir le jour en limite de parcelle, au nord de la friche, à l’horizon 2018.

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Nous avons été invité par la SCIC aux côtés du collectif d’artistes protéiforme d’Ici-Même [Gr.], pour proposer des interventions exploratoires et constructives venant annoncer le lancement de cette démarche. La commande étant très ouverte, nous l’avons précisée ensemble pour élaborer un projet commun.

La Friche cherche des habitants ! Comment faire passer le mot aux riverains du quartier qui ne fréquenteraient pas la Friche ? Comment favoriser l’arrivée de nouveaux voisins à la Friche, et l’annoncer à ses résidents ? Comment préfigurer le bâtiment à venir ?

La proposition s’est déroulée en plusieurs phases.

1 / Dormir à la Belle (de Mai)

Le collectif Ici-même a commencé par organiser des nuitées aventurières dans le quartier, rassemblant curieux et habitants, par un bouche-à-oreille entraînant. Pendant 4 mois, commerçants, associations, résidents se sont vus proposer d’accueillir ou d’être accueilli chez l’habitant, en petits groupes :

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” Voisins venus d’ailleurs , vous laisseriez vous inviter pour un soir (et pourquoi pas jusqu’au matin ?) en notre compagnie chez des inconnu(e)s ?”

“Voisins de la Belle de Mai, accepteriez vous d’accueillir pour un soir (et pourquoi pas jusqu’au matin ?), un membre de notre groupe et un(e) inconnu(e) ? “Collectif Etc - Dormir à la Belle

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Les nuits et les rencontres se sont succédées, ainsi qu’une singulière découverte du quartier, dans ses méandres et sa complexité.

2 / Dormir à la Friche

Dans un second temps, une semaine du mois de mai, nous sommes entrés en jeu en proposant de scénographier la phase suivante : dormir à la Friche. L’idée était de fabriquer une série de lits baladeurs, pour expérimenter la nuit dans différents lieux de la Friche. Au gré des envies et des inscriptions, ils servaient à des brigades de dormeurs curieux, tour à tour sur la terrasse, dans les locaux de structures résidentes, dans des recoins improbables. Ils avaient aussi fonction de lien visuel, tentant en “éclaireurs” d’intriguer tout un chacun sur le projet d’habitat en train de se tramer. Ayant également fonction de mobiliers habitant les espaces publics de la Friche, leur forme hybridait celle d’un lit avec d’autres typologies d’assises – divan, méridienne, transat. Les situations étaient parfois surprenantes : la météo, les moustiques et les noctambules venaient de temps en temps troubler le sommeil des aventuriers d’une nuit. Au matin, autour d’un petit déjeuner, les invités racontaient leurs impressions. Ici-Même s’en inspirait aussitôt pour imaginer des collages qui recouvraient les murs de la Friche, ainsi qu’une série de dérives radiophoniques diffusées sur Radio Grenouille à découvrir ici. La notion d’”habiter la Friche”, jusqu’ici abstraite, commençait à prendre du sens.

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3 / La construction du “Lieu-dit”

Et puis, nous avons proposé de fabriquer en lieu et place du futur bâtiment l’ébauche d’un lieu de convivialité qui servirait de lieu de rencontre pour les protagonistes du projet. Un signal pour les passants de la Friche, une “cabane de chantier” avant le chantier, mais surtout le “Lieu-dit” du projet d’habitat. Un vieux container cherchait un sens quelque part dans la friche, il nous a servi de base. Nous avons greffé une cabane sur le toit. Les plaques de verre provenaient du démontage d’une exposition au Mucem, une partie du bois était issue d’une exposition de la Friche, et les tôles du chantier voisin de l’IMMS. Nous n’avons pas coupé les chevrons de cette structure, ils sont comme des fers en attente, répétant que le chantier n’est pas terminé, qu’ils serviront peut-être de base aux futurs quatre étages de logement.

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Dans la continuité des expériences menées jusque-là, nous souhaitions permettre à quiconque le désirait de pouvoir passer simplement une nuit sur place. Dans l’esprit des Refuges périurbains de Bruit du Frigo, nous imaginions que la cabane soient ouverte à la réservation et appropriable par tout un chacun le temps d’une nuit à la Friche. Des obstacles juridiques ont pour l’instant empêché que cette ambition soit réellement développée. Mais au fur et à mesure de la mise en place du collectif de futurs habitants, cette cabane est devenue une salle de réunion, un plateau d’émission de radio, un salon d’anniversaire. Elle commence à trouver son sens, passant du simple signal à un véritable espace habité. L’association La Belle Ensemble, composée des futurs locataires, a vu le jour en janvier 2016. Les actualités de l’association sont disponibles sur le site de la Friche et sur celui de Radio Grenouille, qui suit et nourrit grandement cette aventure depuis le début.

Ouverture

Collectif Etc - Dormir à la BelleLa cabane des chutes.
Au fur et à mesure du chantier à la Friche, nous générions un tas croissant de chutes. Comme souvent, des enfants s’en sont emparé pour fabriquer des objets dans leur coin, loin du regard des grands. Un tabouret, un banc, puis la construction s’est augmentée pour donner naissance à une vraie cabane. Il faut dire que la bande était bien organisée et très persévérante. Ironiquement, cette démarche spontanée parallèle illustre au-delà de nos ambitions le processus que nous avions imaginé pour notre cabane de chantier. En espérant que ça nous serve de leçon.

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