Du 23 au 29 Juillet 2012, dans le cadre du Détour de France, le Collectif Etc a été invité par l’association Les Saprophytes pour réaliser un chantier ouvert à Henin Beaumont, sur le terril 85, dans la cité jardin Darcy. Ce chantier est un temps fort d’une semaine, dans un projet plus global, mené par les Saprophytes depuis plus d’un an.

LES BEAUX MONTS D’HENIN – LES SAPROPHYTES

Ce projet propose aux habitants de la cité Darcy de se réapproprier les espaces publics de la cité jardin. Son objectif principal est de créer des questionnements “actifs” sur trois années de recherche-action. Notamment sur la manière d’impliquer les habitants du quartier dans une redécouverte et une reconquête de l’espace public en tant que lieu de rencontre, de lien social et du “faire ensemble”. Il s’agit, au delà des problématiques d’aménagement, de permettre aux habitants de la cité de réfléchir sur la question “comment vivre ensemble dans l’espace public”.

Ce processus sur le long terme passe nécessairement par un temps approfondi de recherche sur le quartier, et de rencontre avec les habitants.

La première étape du projet s’est déroulée durant l’année 2012. Le but était de récupérer des témoignages écrits et photographiques dans le quartier. Suite à cette étude, avec l’aide du photographe Isaac Stilwell, des portraits d’habitants, de jardins ou d’espaces publics ont été réalisés. Un grand jeu de piste a aussi été organisé dans la cité Darcy, toujours dans l’idée de questionner les gens sur leur quartier.

Pour la seconde étape, l’idée était d’organiser un évènement marquant dans la cité Darcy et d’impliquer les habitants sur un “chantier ouvert” , le temps d’une semaine. En passant du regard individuel sur le quartier, à la construction d’une représentation collective et partagée, les Saprophytes voulaient inviter les habitants à initier une démarche active sur leur quartier, en investissant le Terril 85.


OCCUPER LE TERRIL 85

La première envie pour ce “chantier ouvert” était d’abord d’occuper le Terril 85. Nous étions donc une vingtaine de personnes à camper, vivre et travailler sur place, toute la semaine. Cette occupation était un symbole fort envoyé aux habitants de la cité Darcy. Beaucoup sont venus pour comprendre ce qui allait se passer, dans un lieu qu’ils ne connaissaient que de nom ou de vue pour la plupart. Les Saprophytes ont organisé une table ronde, des repas partagés, des ballades urbaines, des goûters et une grande journée festive pour accompagner cette semaine de chantier.

Cette occupation fut aussi marquée par les caractéristiques originales du lieu. Le Terril 85 est un élément marquant du paysage Héninois : c’est un promontoire artificiel constitué d’accumulation de résidus miniers créant aujourd’hui un espace vide de 1000m2 à une quinzaine de mètres de hauteur.

Cet espace n’a jamais vraiment été utilisé, et aujourd’hui ses usages sont presque inexistants, malgré le manque évident d’espaces publics dans la cité Darcy. Une des principales raisons à cela est l’accessibilité du Terril. Aucun chemin aménagé ne permet d’y accéder. Seul les motos et les voitures les plus courageuses atteignent le haut du Terril, avec plus ou moins de difficultés.

Pour questionner le rôle et les possibles d’un tel espace en coeur de cité, les Saprophytes nous ont donc invité à participer à ce “chantier ouvert”. Celui-ci avait pour thème “On the Moon”, qui a guidé nos interventions et la réalisation d’un court métrage. Nous avons tenté de réunir le plus de personnes possible en haut du Terril, pour pouvoir discuter de ses possibles usages et de son intérêt spatial, aujourd’hui oublié.

Ce terril offre un paysage lunaire très particulier surlequel Les Saprophytes s’étaient déjà appuyés pour leurs interventions précédentes. Pour prolonger cette démarche, ont été programmées cette fois-ci, deux installations aux temporalités différentes : les dômes géodésiques (éphémère) et la rampe de lancement (temporaire).


LES DÔMES “ON THE MOON”.

La première installation était éphémère : les dômes géodésiques. Ils ont été conçus par les Saprophytes dans le cadre de leur projet de l’Unité de Production Fongique et montés sur place pour servir d’abri et de stockage pour le matériel et la cuisine. Ils contribuaient grandement à développer un univers lunaire de part leurs formes particulières et leurs grandes visibilités depuis la cité Darcy.


LA RAMPE DE LANCEMENT

La seconde installation, temporaire, était la construction d’un escalier/toboggan, à proximité des deux dômes. Elle permet de monter et descendre ce promontoire de manière ludique. Plus qu’une installation, elle avait pour but de créer l’étonnement et le questionnement. Toujours pour travailler sur l’imaginaire “On the Moon”, nous avons dessiné cette installation pour qu’elle ressemble à une rampe de lancement de fusée. Elle servirait par la suite de support scénographique au court métrage réalisé.

Cette installation d’une trentaine de mètres de long est constituée de palettes, de chevrons, de planches en bois ( sapin ) et de plaques de tôle ondulées. Pour réaliser l’escalier, nous avons empilé les palettes et nous les avons fixées les unes aux autres. Pour assurer une bonne stabilité, nous avons creusé une petite tranchée dans le terril, dans laquelle toutes les palettes étaient enfoncées. Nous avons ensuite fixé la structure du toboggan sur l’escalier. Elle est constituée de plusieurs portiques de 60 cm de haut et 80 cm de large, espacés tous les 120cm. Elle a permis ensuite d’accueillir les plaques de tôle ondulées.

Vous pouvez télécharger ici le modèle 3D de l’installation réalisée en bois. Vous êtes invités à utiliser ce fichier comme bon vous semble. Réagissez, modifiez, construisez et n’hésitez pas à nous tenir au courant. Ce fichier est sous licence Creative Commons BY-NC-SA 3.0

Pour terminer, nous avons réalisé un garde corps de l’autre coté de l’escalier pour aider les personnes à accéder plus facilement en haut du terril. Cette rambarde était aussi fixée sur l’escalier et enfoncée de plusieurs dizaines de centimètres dans le terril. Afin de développer l’imaginaire de la rampe de lancement, nous avons réalisé une signalétique spécifique. Des grandes flèches jaunes et une numérotation rappelant le compte à rebours des décollages de fusées, ont été peints sur les palettes.


REALISATION D’UN COURT METRAGE : JEAN DE LA LUNE

En parallèle de la construction des deux installations, nous avons réalisé et produit un film de 8 minutes, avec les habitants de la cité Darcy. Toujours “On the moon”, nous avons décidé de travailler sur la base du conte “Jean de la Lune” de Tomi Ungerer . A partir du texte, nous avons travaillé la vidéo et le son. Plus qu’un film, nous voulions mettre en place un outil qui nous permettait d’aller à la rencontre des habitants. Ils pouvaient ainsi participer activement à une création collective, ce qui nous permettait aussi de les rassembler à différents moments de la semaine et de discuter tous ensemble.

Le scénario étant déjà écrit, il fallait trouver les plans et les lieux des différentes scènes. En fonction des rencontres de la semaine, nous avons filmé un peu partout dans le quartier : dans les rues, sur le terril, dans un bar, dans des jardins et chez des habitants. Tout était pensé et fait sur place, notamment les effets spéciaux suédés. Les habitants étaient mis à contribution pour jouer le rôle de Jean de la lune et l’acteur principal était différent dans chaque scène. Les habitants nous ont aussi aidé pour gérer les lumières, les costumes et autres effets spéciaux. La scénographie mise en place autour du film a aussi permis de développer l’univers “On the moon”, à l’image de la construction de la fusée.

La projection du film à la fin de la semaine a permis de rassembler les gens une dernière fois autour d’une oeuvre collective dont ils ont fait parti. Nous avons tous participé à un projet commun, qui a permis de discuter et réfléchir sur les espaces publics que l’ont pratique tous les jours. cette projection a eu lieu pendant la Ducasse, la fête des voisins oubliée de Hénin-Beaumont.


LA DUCASSE : UNE FÊTE QUI RENAÎT DE SES CENDRES

La Ducasse est une fête traditionnelle de village, du Nord de la France. Autrefois, elle permettait de rassembler les gens autour de jeux et de réjouissances populaires pendant plusieurs jours. Malheureusement, elle a disparu. Les saprophytes ont donc décidé de récréer cet évènement le temps d’une journée, sur le Terril 85. Cette fête était donc l’occasion de présenter le travail fourni durant toute la semaine. Nous avons tous ensemble organisé plusieurs évènements tout au long de la journée : une grande procession dans le quartier, des jeux pour enfants, des ateliers photographiques et une projection du court métrage. Tous ces évènements étaient accompagnés de réjouissances tel un grand repas avec buvette, un stand barbecue et surtout des frites. Cette journée marquait ainsi la fin de la semaine mais le commencement d’un nouvel élan festif pour la ville d’Hénin Beaumont, l’idée étant de réitérer chaque année cette belle fête traditionnelle.

Remerciements : Le Collectif Etc remercie toutes les personnes impliquées dans la projet, à l’échelle individuelle ou au nom d’une institution, et en particulier Les Saprophytes et Isaac Stilwell, les élus et techniciens de la ville d’Hénin Beaumont, Stéphane Gornikowski (Cie Générale d’Imaginaire), Les hybrides : Hadrien Basch, Marion Levoir, Erwan Flatard, et chacun des participants au chantier, aux ateliers, aux évènements et au film notamment Philippe et Simone ainsi que tous les autres acteurs : Manon, Clémence, Alexis, Hadrien, Stoppie, Jean-Marie, Christian 1, Christian 2, Jessy, Fortuné, Cathy, Dylan, Stéphen, Arnaud, Romuald, Romain, Corentin, Philippe, Dominique, Karim, Youri, Isabelle, Gerard, Kevin, Nasser, Domey, Marie, Manel, Hind, Lilia, Laetitia, Marie France, Annie, Christopher, Quentin, Dylan 1, Dylan 2, Théo, Matthias, Simone, Mendi, Annie, Yanisse, Logann, Julien, Myriam, Ludovic, des anonymes croisés dans les rues d’Henin Beaumont ou sur le Terril 85.


4 commentaires

  • aude dit :

    Encore une bien belle histoire pour le collectif!

  • KZ dit :

    Magnifico. Bisheim

  • Danielle Landry dit :

    Je suis très inspirée par votre travail, Avez-vous déjà réalisé des chantiers ouverts pour penser les écoles comme espaces générateurs de dynamiques sociales plus égalitaires et démocratiques, d’abord entre les groupes d’élèves, ensuite entre les citoyens (parents etc.) et les personnels scolaires ? Nous sommes un petit groupe d’éducatrices populaires à travailler présentement à cette idée à Montréal, au Québec. Toute contribution est appréciée.
    Merci sincère à l’avance!

  • [...] rodada con los propios vecinos que crea una leyenda para dotar de vida a uno de sus proyectos, “on the moon”. Dicho proyecto consistía en crear en una pequeña colina un lugar de reunión para los habitantes [...]

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