Du 17 au 19 Juillet 2012, dans le cadre du Détour de France, le Collectif Etc a été invité par Nicolas Tixier, membre du collectif Bazar Urbain, à participer à l’étude menée par Bazar Urbain, Zoom, Chronos et Contrepoint à Amiens : “Amiens métropole 2030”. Dans le cadre de thématiques de recherches sur la mobilité, sur les liaisons douces, sur les liens que peuvent entretenir des territoires éloignés, le principe consistait à partir en exploration, à la recherche d’un chemin oublié : La chaussée Brunehaut. Selon les plans, cette ancienne voie romaine reliait Paris à Amiens sans un virage…

Chaque coureur était chargé de poser un regard (ou une oreille) sur ce territoire. Le film réalisé par le COUREUR #7 : Dorian Degoutte, replace cette expérience dans le cadre du projet “Amiens métropole 2030”.


“La chaussée Brunehaut, c’est pour moi comme un fil déchiré dont on ne retrouve que des morceaux. Parfois il fait des liens entre des éléments remarquables et on le suit facilement, parfois il disparaît mais le fait d’être à sa recherche le rend toujours présent. Et alors on remarque tout : le sol, la végétation qui a poussé, une route qu’on ne peut pas traverser, l’immensité des champs, l’intensité du vent, les bruits de la nature, la piqûre des orties. Ce n’est pas seulement un chemin à suivre, c’est une histoire à partager.”


“Sortie de Paris. La nature reprend le dessus. Ou plutôt le dessous, s’installant à l’ombre du périphérique. Envahissantes, les herbes folles colonisent tout, comme pour marquer leur supériorité. Et malgré les tentatives de l’Homme pour la contenir, voire la cultiver, la végétation déborde, s’empare de tout et s’élève, entrainant le voyageur dans une enivrante course le replaçant à sa juste place : celle de l’être d’un monde clos découvrant l’univers infini.”



« Première question, avez-vous entendu parler de la chaussée Brunehault ? »
Le professeur Jean-Luc Delagouthe essuya d’un geste automatique les épaisses perlées de sueur qui traversaient son front rougi par d’intenses journées caniculaires de recherche. Il nota avec précision la réponse balbutiante de son interlocuteur rencontré au hasard d’un périmètre parfaitement quadrillé ; la fatigue et les crampes qui tiraillaient son quadriceps supérieur droit n’atteignaient en rien son excitation face aux précieux renseignements récoltés et, bien que fébrile, il reprit machinalement son interrogatoire huilé comme un pendule astronomique :
« Deuxième question, savez-vous jusque quand était usité son tracé rectiligne ? »
« Troisième question, quel était le nom de jeune fille de cette vierge trainée par des chevaux de race médiévale sur le parcours romain de la voie en 1153 ? »

« Cent-quarante-cinquième question, Allô ? monsieur le Maire ? Allô ?… »


Parcourir la chaussée Brunehaut comme une idée fixe permet de lire les différentes strates de son histoire, de son réemploi ou de son abandon. Parfois complètement disparue, parfois juste interrompue par un champ ou le passage d’une autoroute, souvent morcelée : une fois chemin agricole, route communale, sentier forestier, etc, seul la force de son tracé la fait encore exister.”


“Contourner les voitures mal garées, éviter les nids de poules, réparer une crevaison, revenir sur nos pas quand on est allé trop loin, zigzaguer dans les champs de blés, réparer une crevaison, se ranger pour laisser passer les poids lourds, puis faire un détour par les hortillonnages. Paris-Amiens c’est tout droit ? C’est ça ouais !”




Merci à Juliette et Camille pour les nuits à Amiens. Merci à Nicolas Tixier, Dorian Degoutte, Erwan et Hadrien pour l’aventure.

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