Pour bien débuter l’année 2019, nous sommes parti six jours à la Souterraine, une petite ville de Creuse non loin de Limoges, dans laquelle nous avons mené un workshop avec les terminales TSD2A du lycée Raymond Loewy.
En lien depuis quelques mois avec les producteurs du marché, ils avaient pour mission d’analyser, penser et concevoir une installation conviviale avec un produit spécifique du marché. Notre venue sur place concrétisait le travail d’ébauches en rassemblant leurs idées, nous inventions de nouvelles formes de mise en œuvre.
Nous avons construit une série de modules sur roue qui s’assemblent pour esquisser l’image de l’ancien kiosque du village, aujourd’hui détruit. Nous avons aussi mené un travail graphique d’affiches sérigraphiées, de cartes postales réinterprétées et une performance de tartines artistiques autour de la “tartine de Proust”.

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Merci à Alice, Noémie et Aude, enseignantes en Arts Plastiques, pour leur accueil chaleureux.
Et un grand merci à tous les lycéen.e.s qui nous ont  sincèrement épaté.e.s !

1/5 – La Souterraine – Raymond Loewy

Températures hivernales, il fait gris, le ciel lèche les toitures denses que forment le centre-bourg ancien. Les grandes bâtisses du lycée dressent leurs hauts murs en vis-à-vis de l’église. Elles laissent entendre que le grand nombre d’écoliers et tout ce qu’il faut d’enseignant.e.s et de personnel pour les encadrer tient une place importante dans la vie du village.

En le parcourant de nuit, sous la lumière étouffée des lampadaires brumeux, on se croirait presque dans le début d’un roman d’aventures de lycéen, justement. La place de l’église sur laquelle va porter le workshop, au cœur du village, a été récemment rénovée, dans un esprit très “patrimonial” : des matériaux et des assemblages sobres pour une halle de marché élégante, presque intemporelle. Elle forme comme une galerie à la toiture aiguë, à deux pentes, qui entoure une placette où se tenait auparavant le fameux kiosque qui occupera bientôt les lycéens.


2/5 – Des recherches pluridisciplinaires pendant un trimestre

Le workshop est la conclusion de 4 mois de travail porté par les lycéens qui se matérialisera durant la semaine par divers ateliers. Nous arrivons donc sur un terrain défriché : la quantité et la qualité du travail fourni nous surprend. Encadrés de trois excellentes professeures, les élèves ont travaillés sur des médiums variés pour arriver à des propositions de construction assez abouties. La grande salle dans laquelle nous nous installons dès le premier matin témoigne par les maquettes, les différents dessins de projets exposés aux murs et au sols d’un véritable espace de création approprié par les élèves dans une école  qui prête à ça, sans commune mesure.

La première phase d’analyse illustrée par des vidéos, des photos, des relevés de terrain, d’un travail de plan et de maquette et de rencontres avec les habitants dresse un paysage quasiment exhaustif du marché de La Souterraine et de son histoire.

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La deuxième partie du projet qui consiste à penser un dispositif construit en lien avec un produit vendu sur le marché, a permit aux lycéens de projeter et d’investir le devenir de ce haut lieu de convivialité. Les structures mobiles, pliables, souples s’étalent de table en table, de panneaux de rendus en maquette diverses. Un beau panorama se dresse devant nous et l’on sent que les lycéens se sont bien appropriés le sujet, signe d’un bon présage pour la semaine !

3/5 – Allumer les étincelles, lancer les pistes

Pour commencer la semaine, nous les laissons se répartir en plusieurs groupes pour aborder des questions concrètes : quelles constructions ? Que racontent elles ? On se projette au samedi matin, jour du marché pour imaginer l’événement, on se situe dans l’espace, on pense la performance, et on tente d’inventer les premières lignes d’un récit. C’est une manière pour nous de faire comprendre que le travail sur l’espace s’accompagne le plus souvent d’une dimension culturelle dans un sens quasi-anthropologique, qu’aménager un espace n’est pas que technique mais procède d’une dimension symbolique et narrative qu’il est intéressant d’assumer et d’intégrer dès le départ dans le processus de dessin.

Très vite les présentations devant le tableau noir se transforment en mises en scène théâtrales, en journal télévisé, les enjeux sont vite compris ! Nous sentons bien à quel point ils sont habitués à ce genre d’exercice. Un point commun se dessine entre tous les exposés : la défense des producteurs locaux et du marché du village comme espace de mémoire et de convivialité. Le kiosque est largement évoqué, il semblerait que pendant les entretiens réalisés les mois précédents on aurait entendu des “c’était bien avant, quand il y avait le kiosque” !
Par ailleurs, certains profils se dressent, des élèves sont plus intéressés par la dimension graphique du projet, d’autres par la construction, d’autres veulent parler de la mise en forme et de l’activation du récit sur place. En fonction de ces affinités les groupes se reforment, les dés se lancent, il y aura quatre grands groupes : les aspects graphiques, le nouveau kiosque, la fabrique de petits mobiliers, la performance à déployer in situ le samedi matin au marché.

Nous sommes trois pour les assister. Il faut scénariser les usages, développer l’imaginaire, créer l’inattendu tout en soulevant des sujets de fond. Tout se pense les deux premiers jours pour pouvoir rapidement attaquer la construction ! C’est l’occasion pour nous d’expliciter des méthodes de travail et de dessin que nous utilisons nous-même à l’échelle du collectif : des petits groupes qui pensent à des idées assez rapidement qui se succèdent dans le temps afin de penser d’incorporer des idées de chacun et de faire des aller-retours consécutifs. Cela permet de rester dans une méthode dynamique et créative, où l’on ne s’attache pas à une idée mais où l’on en développe de nombreuses afin d’en choisir une ultérieurement.

On arrive à la fin de la journée à deux sujets que l’on veut appuyer : la mémoire et la convivialité. C’est important pour nous de leur montrer que le chantier, l’occupation temporaire, les dispositifs mobiles et autres ne sont que des outils que l’on met au service de propos et de valeurs, et qu’il ne faut pas non plus les oublier dans la joie de construire et de mettre en œuvre !

On a aussi des pistes d’esquisses formelles, le kiosque comme forme de recherche, une envie de créer du mobilier en série et des débuts de phrases un peu cryptiques comme :

“On n’est pas au rayon surgelé ici !”

“Le passé c’est l’avenir !”

Et comme si ce n’était pas déjà assez ambitieux, on nous mets en contact avec l’atelier de sérigraphie de l’école ! De quoi s’occuper outre mesure pendant les jours suivants.

4/5 – Croiser les disciplines : objet, graphisme, récit, performance

Nous souhaitons expliciter aux lycéens notre démarche de projet transversale et décloisonnée dans laquelle l’acte d’architecture contient autant une phase de conception, de construction – mais peut aussi toucher au graphisme, à la cuisine et parfois même à l’habit. Comme dans nos projets, cela permet de toucher tout le monde, là où chacun se sent des envies et des compétences.

– 1/4  – Kiosque à roulettes

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Le premier chantier concerne l’évocation du kiosque, mais dans un esprit modulaire et plus moderne. Nous terminons le soir la conception engagée par les lycéens pour pouvoir débuter le chantier dans les temps, ce qui est fait dans le froid dans le préau de l’école, quelques gouttes fines de neige se sont posées sur l’asphalte de la cours pendant un court instant. Chacun est à sa tâche, on apprend à manier les outils, et c’est parti pour l’usinage des huit modules.

– 2/4 – Mobiliers modulaires
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Un deuxième groupe a développé une série de mobiliers modulaires. Ensemble, nous avons abouti à un dessin de tabourets en triangle qu’ils déclinent sur plusieurs hauteurs et en plusieurs matériaux (bois et plexiglas).

 

– 3/4 – Affiche sérigraphiée et carte postales réinterprétées

Avec le groupe design graphique, nous avons monté un atelier d’affiches. Cette fabrique de dessins, reprenant les slogans et les deux thèmes : la mémoire et la convivialité, a été encadré sur une demi-journée par les étudiants de DNSAP. Une belle transmission de compétences sur l’informatique a permis la réalisation de trois affiches toujours composées d’une couche de noir et blanc puis d’une phrase sérigraphiée.

Grâce à l’immense atelier de sérigraphie présent à l’école nous avons allié dessin et chantier, conception et réalisation, qui donne une nouvelle occasion de tester de nouvelles choses et d’expérimenter avec ce groupe de graphistes en herbe.


– 4/4 – Performance in situ : la “tartine de Proust”

Enfin, un dernier groupe s’est attelé à imaginer une performance et un récit autour de la mémoire et de la convivialité. Ils se sont rapidement tournés vers l’idée de la “tartine”, pour eux un élément phare de “quand ils étaient petits” et liant ainsi les deux sujets du workshop. L’idée était de recueillir les témoignages des publics du marché sur “la tartine de leur enfance” et de leur préparer en direct dans le kiosque.

L’équipe a donc révisé son discours et s’est créé quelques accessoires, sérigraphiés autour d’un micro concours de dessin pour imprimer des serviettes uniques et des tabliers assortis pour les “performers” du samedi

5/5 – Vernissage sur le marché et tartinage artistique

Après quelques jours de travail acharné et tout azimut, le jour J du samedi matin au marché arrive. Dans une légère brume, on se donne rendez-vous assez tôt pour pouvoir tout organiser en même temps que les autres forains et producteurs qui installent leurs stands sur la place de l’église.

On trimballe les modules à roulettes à travers le village pendant que les performers font les courses pour préparer leurs tartines, puis tout ce beau monde s’installe. Les riverains passent, Monsieur le Maire vient nous saluer, beaucoup de curieux viennent se renseigner et nous laissons avec plaisir les lycéens gérer leur espace de tartines gratuites. Ils distribuent les cartes postales et composent avec entrain les tartines de Proust.

Malgré la brume de nombreuses personnes répondent présentent. Les lycéens semblent ravis, des élèves de la classe de BTS viennent les aider.
Par la suite le dispositif mobile transportable à deux personnes sera mis à disposition du lycée pour pouvoir animer des événements en plein air, prêter au besoin aux habitants de la Souterraine ou permettra d’exposer le travail de la classe de terminal dans une ancienne chapelle du village.

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Encore dans une période de France des ronds points, un groupe de Gilets Jaunes s’était rendu au marché, une courte altercation entre certains élèves a eu lieu. Cela permet de poser des questions.  Nous avions essayé d’aborder le sujet pendant la semaine sans recevoir trop de répondant, enfin on y arrive !