En avril 2016, nous avons été invités par l’EPFL, l’école d’architecture de Lausanne, à encadrer un workshop de construction. Jade Rudler, doctorante, nous a proposé de l’accompagner pour permettre la mise en place d’interventions légères réversibles qui pourraient venir questionner les changements à venir autour de la gare. Les CFF (SNCF de Suisse) ont lancé un grand projet : Léman 2030, sur 15 ans, pour agrandir toutes les gares le long de l’arc lémanique de Genève à Lausanne. Les gares et les routes sont trop souvent saturées. A Lausanne, le projet s’appelle Pôle Gare. Porté par la ville, il vise à agrandir la gare principale. Les transformations vont profondément modifier sa relation à son parvis et aux quartiers qu’elle côtoie.

C’est dans le quartier au sud, villageois, plus habité, que nous avons décidé de travailler. Le workshop était un format court. La première journée était dédiée à la rencontre des personnes en charge du projet gare, qui nous ont présenté tous les enjeux globaux du projet. Ensuite nous avons pu faire un tour du quartier avec Oscar Gential (Urbaplan) qui venait de terminer une sérieuse étude sensible du quartier et des enjeux liés au projet (en compagnie de Laurent Matthey, de l’Université de Genève). Après des premiers temps de discussions,  nous avons formés 4 groupes qui ont chacun choisi un site d’intervention où ils ont œuvré pendant trois jour.

1/ Assis au bout de la Ficelle

La promenade de la ficelle relie la lac à la gare, mais elle débouche sur la gare dans un grand parking deux-roues, puis dans une arcade du mur. Le projet Pôle Gare vise à ouvrir la gare à cet endroit et à reconnecter enfin la promenade. Les étudiants ont choisi de suspendre un belvédère qui permettait aux curieux de venir observer la vue sur le lac. Ce mobilier a été victime de son succès, la quantité de déchets générés par son utilisation passionnée a fini par fatiguer les services en charge de la propreté aux CFF. L’équipe du projet est revenue installer un poubelle et des panneaux d’information, en vain. Après quelques mois de loyaux services, les CFF ont finalement démonté la structure. Qui viendra nettoyer le futur parvis de la gare ? La question a été posée !
Par Yasmin Sgroi, Nicolas Mariller, Chloé Lafaye, Amaury Villien De Gabiole, Daniela Lopes Penaloza, Florent Dubois, Loïc Godon et Camille Wetzel

 

 

2/La salle d’attente délocalisée

Lors de la présentation du projet de future gare par les CFF, il a été annoncé que la largeur des quais serait réduite, et qu’ils n’accueilleraient plus de mobilier. L’aménagement prévu vise à inviter les voyageurs à venir patienter dans les sous-sols qui seront pensés comme une grand galerie commercial. Le groupe d’étudiant a voulu réagir à cette (triste) nouvelle. Le projet est une suggestion faite aux utilisateurs des trains. Ils doivent pouvoir venir attendre dehors, dans une ambiance de quartier (et sans consommer) plutôt que de rester dans la « machine » gare. En se greffant au mobilier existant, ils ont transformé le mobilier urbain en mobilier de gare, provoquant des discussions. On y a vu des voyageurs chargés de valises croiser des riverains qui venaient acheter leur pain.
Par Bérénice Aubry, Emile Barbe, Nicolas Goulpié, Laetitia Hourse, Ivan Maeder et Kevin Lao.

 

 

3/Hexagonia

Un peu plus haut dans la rue, des bacs qui n’avaient pas la cote auprès des services techniques servent de bornes pour ralentir la circulation. Des habitants se sont mis à les jardiner. Le troisième groupe d’étudiant est parti à leur rencontre et a proposé de les augmenter. Comme si, loin du grand projet urbain, la chose qu’on souhaitait mettre en valeur, c’était ces petites attentions que la transformation du quartier ne devait surtout pas balayer. Voyant un potentiel dans le détournement de ces encombrants pots de fleurs, une association du quartier voisin a contacté le groupe d’étudiants pour ré-itérer l’expérience.
Par Melchior Deville, Yasmine El Karmoudi, Alexandra Fuchs, Andrea Quilici et Yann Salzmann.

 

4/ La signalétique

Une dernière équipe d’étudiants a choisi de mener une démarche moins construite, plus diffuse. Ils ont passé une journée à interviewer les passants, ils ont mis au point un système de pochoir découpé au laser dans les grandioses ateliers de l’école, puis ils ont réalisé une série de panneaux qui venaient retranscrire des éléments de leur collecte ou poser des questions. L’idée était de donner à voir une strate invisible au passant, d’inviter voyage.
Par Loïc Cao, Florence Nyffeler, Francesca Bianchi et Madeline Pugin.

 

Ouverture

Nous ne demandions pas aux étudiants de faire la communication du projet Pôle Gare. Ils devaient imaginer leurs interventions comme une occasion de souligner un élément qui aurait pu échapper à l’équipe de la ville ou aux habitants, ils devaient prendre position et développer un argumentaire qui justifie leur intervention. Le dernier jour, nous avions invité les différents partenaires à une visite inaugurale de tous les éléments construits dans le quartier. L’occasion de faire passer les précieux messages.

Les installations sont restés six mois. Quelques articles ont relaté l’expérience ici ou . Un retour plus complet est disponible ici, il parle tout particulièrement du chemin parcouru pour chacune des autorisations, un travail fastidieux qui a permis de rendre possible chacune de ces expérimentations. Merci à toute l’équipe de champion-ne-s de s’être prêtée à ce jeu pas évident ! Et un immense merci à Jade pour son accueil remarquable et son très grand professionnalisme.

La première photo vient du site des CFF, les autres appartiennent à l’EPFL.

Collectif Etc - Dormir à la BelleAu passage, on a vu ça dans un parc, un banc réversible, vue sur le lac ou vue sur le parc ? Pas de problème, les suisses ont pensé à tout, ça valait bien un GIF.

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