Du 25 septembre au 1 décembre 2013, le Lieu Unique et Patrick Bouchain ont invité les architectes, urbanistes et paysagistes Simone et Lucien Kroll à exposer leur parcours. À travers une rétrospective des travaux de l’Atelier Kroll, ce projet réunit pour la première fois : – plus de 50 ans d’activités de l’atelier – sous la forme de plans, textes et photos – dans une scénographie réalisée par Patrick Bouchain et Dato Tarielashvili – un jardin vivrier, face au lieu unique, sur une proposition de Simone Kroll et avec la participation de bénévoles et du service des espaces verts de la Ville de Nantes, – des rencontres et conférences hebdomadaires qui réactivent la pensée si particulière de la démarche de Simone et Lucien Kroll (Pierre Frey, Coline Serreau, Tsutomu Shigemura, etc.). L’exposition s’inscrit dans le cadre de Nantes 2013, European Green Capital et en co-réalisation avec la Cité – Le Centre des Congrès de Nantes à l’occasion des Utopiales.

 

Scène nationale de Nantes, le Lieu Unique est un espace d’exploration artistique, de bouillonnement culturel et de convivialité qui mélange les genres, les cultures et les publics. Son credo : l’esprit de curiosité dans les différents domaines de l’art : arts plastiques, théâtre, danse, cirque, musique, mais aussi littérature, philo, architecture et arts gustatifs” . C’est aussi un projet d’architecture hors du commun dans l’ancienne usine LU mené par Construire, l’agence d’architecture de Patrick Bouchain en 1999.

Dans une démarche de transmission, ce dernier a envie d’exposer un de ses maîtres à penser, encore trop peu connu à son goût : Lucien Kroll, dont il souhaite rapprocher le travail de celui de sa femme Simone. Ces deux-là développent depuis une cinquantaine d’années une approche écologique, incrémentale et participative de l’architecture et du paysage. Question de filiation, ou plutôt d’héritage, il souhaite également faire participer à cette exposition une troisième génération d’intervenants, dont nous faisons partie. Pendant cette réunion de famille, nous nous nourrissons des projets de l’atelier Kroll, qui mettent en place des processus participatifs sur des temps longs, à l’échelle de l’habiter. L’humain est profondément au cœur de leur pratique dont la complexité s’inscrit dans les processus de conception comme dans la réalisation des bâtiments. La monographie éditée à l’occasion de l’exposition continue de diffuser les théories Krolliennes : notre exemplaire du livre s’incrémente de nombreux marques-pages au fur et à mesure qu’il circule dans notre entourage.

Plus d’informations sur l’exposition sur le site du Lieu Unique
Plus d’informations sur l’exposition sur strabic.fr

 

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Le contexte
Nous voilà donc en janvier 2013, lorsque Édith Hallauer et Patrick Bouchain nous invitent à venir habiter au Lieu Unique en compagnie des travaux de l’Atelier Lucien Kroll. Comment pourrions-nous habiter l’exposition ? Ils ont en tête l’expérience menée avec le collectif Exyzt lors de la biennale de Venise de 2006. Les mois filent, les coups de téléphone s’enchaînent, et les cafés coulent rue Rambuteau. Nous proposons de construire un “appartement témoin” : un contrepied des appartements utilisés par les promoteurs pour vendre des appartements copiés/collés. C’est une interprétation concrète d’une façon d’habiter qui s’inspire des travaux de l’Atelier Kroll. L’appartement témoin, c’est l’envie de mettre à l’épreuve du réel quelques théories exposées : la modularité, la participation, la complexité, l’incrémentalisme, etc.

“Les chambres sont toutes différentes : il n’est pas possible d’en faire d’identiques. Les cloisons se posent dans un périmètre très irrégulier, entre “la promenade des colonnes” non alignées. Elles sont mobiles et permettent aux habitants de les démonter eux-mêmes et de refaire en groupe le plan de leur étage, c’est à dire de pouvoir adopter une attitude naturelle et créative dans leurs relations avec l’institution et de quitter les déterminismes locataires-propriétaires, qui les caractérisent habituellement.”

Lucien Kroll, à propos de la Mémé “La zone molle”

Collectif Etc - SLKLU - Appartement-temoin

Le concept : la trame constructive
Nikolaas John Habracken, directeur du SAR, le “Charles Darwin de l’architecture” a passé sa vie à imaginer des procédures qui permettent au temps de modeler l’objet au fur et à mesure de sa vie et de ses âges successifs.”
Il avait travaillé entre autres sur une trame constructive qui permettent de construire avec des matériaux préfabriqués tout en conservant un large choix de diversité de formes. Lucien Kroll s’est beaucoup inspiré des recherches du SAR. Patrick Bouchain nous invite alors à construire la base de l’appartement témoin en respectant cette trame de 30 cm (10+20 cm) matérialisée par des bandes blanches au sol. Nous choisissions de reconstituer un logement dessiné par Lucien à l’échelle une : l’appartement de l’un de ses voisins actuels à Berlaimont-Geyskens en Belgique dans un habitat autogéré qu’il a conçu dans les années soixante.

La construction : un système modulable
L’objet construit doit être manipulable par le plus grand nombre pour réduire la distance entre la pensée et le geste et se régénérer pendant toute la durée de l’exposition. Alors au milieu de celle-ci, on monte des murs en carton : les murs porteurs sont positionnés de manière fixe, les cloisons sont pensées de façon mobile.

CollectifETC_SLKLU_01_800Collectif EtcFlorent  Chiappero / Collectif EtcNotice 800

Ci-dessous, une vidéo réalisée par Hadrien Basch : quelques images du chantier, les hésitations, les huitres, et les fonds sonores.


A notre tour d’inviter

L’histoire démarre par une invitation, celle du Lieu unique accueillant cette exposition. Patrick Bouchain invite Simone et Lucien Kroll, puis nous invite à nous installer là. On ne fait que poursuivre ce passage de relai en choisissant d’inviter à notre tour. Le dispositif est alors conçu de façon à pouvoir accueillir d’autres équipes en résidence pendant toute la durée de l’exposition. Ces équipes, ce sont des amis, des gens rencontrés pendant notre Détour de France, de curieux ayant répondu à l’appel. Ils sont de Nantes, de Rennes, de Caen ou du Grand Ouest, et acceptent de venir tenter l’expérience de la résidence au beau milieu d’une exposition. Ils emménagent successivement dans ces murs et proposent à chaque fois un nouvel espace de vie.

Pour ces ” habitants ” les règles du jeu sont simples et manipulables : le sol et les murs sont les supports à l’imagination. Les cloisons et les intérieurs sont détachables. Ce n’est pas encore une habitation, elle le deviendra s’ils bousculent les murs et prennent le pouvoir. C’est la somme de toutes ces histoires racontées, toutes ces transformations et ces marques qu’on pourra lire sur les murs, sur les cloisons déplacées, sur les photos aussi qui s’entasseront au fur et à mesure des passages et des transformations qui vont questionner la théorie. Cet appartement c’est un grand cadavre exquis de l’architecture.

Des outils de communication appropriables
Sur les cimaises qui font face à l’appartement témoin, on a mis en place un système d’archivage, pour que les invités puissent expliquer la démarche qu’ils ont eu, afficher des photos, des croquis, etc. En parallèle, on a crée un site web (aujourd’hui hors ligne) www.slklu.com : il présente l’expérience, les équipes et leurs résidences, mais aussi permet de la suivre à distance via webcam et une page de discussion, et un agrégateur de flux Facebook, Instagram et Twitter rassemblant toutes les publications contenant le hashtag #slklu : les visiteurs, le LU, et les résidents exposaient automatiquement leurs photos dans cette rubrique.

Collectif Etc - SLKLUSLKLU_website

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Ici on habite. Mais de quoi s’agit-il au juste ? De murs en carton, d’un appartement de 60m2, d’une émission de télé-réalité ou d’un nouveau lieu public à Nantes ? Est-on dans un espace privé ou dans un espace public ? Est-on producteur ou usager ? Qu’importe : on est là, on bâti et on pense avec d’autres.


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Collectif Etc - SLKLU - ETC2
“On emménage pour la première semaine de l’appartement-témoin. L’idée est de rendre le lieu habitable sans trop savoir où s’arrêter. On cherche à rendre possible des usages de base : manger, travailler, se reposer, etc. On commence à se sentir chez nous. Les visiteurs s’arrêtent, posent beaucoup de questions sur le carton et sur la suite. On espère que l’essentiel est là pour se raconter des histoires d’habitants.”
Collectif Etc - SLKLU (2)Collectif Etc - SLKLU (3)

 

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Collectif Etc - SLKLU -  FLEXECOS

« Le déjeuner sur l’herbe » est un projet en lien avec la maison de quartier des Confluences à Nantes Sud. Son sujet est l’appropriation de l’espace public via la constitution d’un kit de pique-nique, incluant des recettes de fabrication de mobilier et de petits plats…miam! « La manufacture des textes » est un projet en lien avec le quartier Saint-Donatien/ Malakoff. Y est proposée une démarche de prospection au sol, quête ouverte aux objets délaissés, qui sont par la suite répertoriés, inventoriés, stockés et revalorisés par l’écriture (ateliers dirigés par le poète Laurent Huron). Plus d’infos sur leur résidence

 

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Collectif Etc - SLKLU -  JBCQVF

“Dans notre nouvel espace de travail temporaire, à la fois lieu de rencontre, d’exposition et de médiation, on s’est laissé prendre au jeu, comme à la maison. Imprégnés par le contexte de l’exposition voisine, nous avons proposé des dispositifs incitant les visiteurs à éprouver à leur tour l’appartement témoin. Avec pour but de se poser, d’échanger, et d’expérimenter ensemble, nous avons conçu et collé du papier-peint, organisé une surprise party sucrée, fabriqué et testé un nouvel outil numérique, recueilli un bichon, et édité un livret à dessiner.” Plus d’infos sur leur résidence.

 

J'aime beaucoup ce que vous faites (1) OLYMPUS DIGITAL CAMERA

 

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Collectif Etc - SLKLU -  MIT
“on construit, on hésite, on recommence, on défait, on se dispute, on se rencontre, on transforme, on laisse tomber, on respire, on recommence, on pousse les murs, on blague, on s’énerve, on réfléchit, on fait du bruit, on sort au soleil, on se tait, on rêve de fenêtres, on vole à travers le plafond… on est nous, on est là. on se demande si on peut habiter là. on va essayer.” Plus d’infos sur le collectif Mit.

Collectif Mit (1) Collectif Mit (2)

 

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Collectif Etc - SLKLU - FERTILE
“D’ordinaire, notre terrain de jeu c’est la friche, avec toutes ses plantes à ciel ouvert, la grande échelle, l’espace public, la rue et le voisinage… naturellement, nous avons investis l’espace extérieur de l’appartement avec la création d’une terrasse et un espace récréatif. Réunion avec le collectif des Idéelles sur le projet de réaménagement du parc de la Roche, workshop avec les marchands de sable, amélioration de notre site internet, discussions autour de la maquette du caillou, etc. Finalement, nous étions « chez nous » pendant une semaine, l’appartement était le local que l’on n’a jamais eu.” Plus d’infos sur leur résidence.

 

Fertile (2)Fertile (1)

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Collectif Etc - SLKLU - COSMIQUE
“Effacer les distances avec le spectateur en le faisant devenir partie prenante de l’instant. Nous avons donc par cette mise en abîme lancé des impulsions : nous (ensemble) avons préparé à manger pour la crémaillère, nous avons fait l’anniversaire d’un enfant imaginaire, nous avons formalisé l’intimité d’une mise en bière, nous avons sorti un mât de cocagne et son jambon pour le bal musette, et nous avons fait trace par le vide en organisant le dernier jour une ventes aux enchères des objets et meubles de l’appartement. Toutes ces dynamiques ont recréé des comportements du domaine de l’ordinaire et c’était beau.”
Plus d’infos sur leur résidence.

 

Bureau Cosmique (2)Bureau Cosmique (1)

 

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Collectif Etc - SLKLU - EUGENE
“Durant 6 jours, les étudiants du LADE se sont plongé dans l’avant-jeu du Cluedo en recréant l’univers de 6 personnages. La règle était simple: un personnage, une pièce, un objet. Les visiteurs ont été invités à participer à l’élaboration de chaque espace au côté des personnages. La curiosité et la suspicion étaient au coeur de ce jeu de rôle grandeur nature.” Plus d’informations sur leur résidence.

L'atelier d'Eugène L'atelier d'Eugène

 

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Collectif Etc - SLKLU -  RAUMABIREICHTRE
“4 groupes (Dérive, Fichtre, Mabire-Reich & Raum) se connaissant de près ou de loin, ont cohabité une semaine sous un même toit. 
Autorisés, fait rare dans une cohabitation, à percer les murs et même à les déplacer, il nous a semblé pourtant que l’invitation du collectif etc. à « vivre ce lieu » passait plutôt par l’usage. 
Pour cela nous proposons chaque jour de notre résidence un évènement modeste et vivant. Anniversaire, concert, apéros des voisins, fête pour les enfants, discussions, siestes, repas voici autant d’instants qui ont fait pour nous la fabrication/transformation d’un lieu.” Plus d’informations sur leur résidence.
Derive+fichtre+mabire+reich+raum (1) Derive+fichtre+mabire+reich+raum (2)
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Collectif Etc - SLKLU -  FILEGRAIN
On met un appartement dans une exposition. Ensuite, on oublie qu’il y a une exposition (…), on ne sait plus que cette exposition est une exposition, on ne sait plus ce que c’est qu’une exposition. On ne sait plus qu’autour de notre appartement, il y a une exposition, et que s’il n’y avait pas d’exposition, il n’y aurait pas d’appartement (…). On a mis l’appartement dans l’exposition pour oublier qu’il y avait une exposition, mais en oubliant l’exposition, on oublie aussi l’appartement. Il y a parfois des appartements parce qu’il y a des expositions. (…) Mais l’appartement est en carton. L’exposition aussi est en carton. Alors (…) la krollocation raconte des histoires, des histoires à dormir debout et des histoires à y dormir pour de bon. Détournement du texte de Georges Perec, Espèces d’espacesPlus d’infos , et .

 

Collectif Fil + Egrainage (1) Collectif Fil + Egrainage (2)

 

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Collectif Etc - SLKLU - FABRICATOIRE
« Le fait de conclure la série de résidences dans l’appartement­ témoin de l’exposition de Simone et Lucien Kroll nous a amené, nous graphistes, à croiser deux intentions : comment répondre par notre présence à l’invitation faite et comment garder une trace des interventions des collectifs qui ont habité ce lieu ? La réponse tenait en la fabrication d’un livre à mi­-chemin entre catalogue et proposition éditoriale libre : un ouvrage qui devait être fabriqué et diffusé sur place, dans un appartement devenu maison d’édition et manufacture de bouquins. Malheureusement, l’imprimerie étant tombée en panne, nous avons du remettre à plus tard l’impression de ce livre. Nous avons par ailleurs entrecoupés les temps de production par des goûters musicaux, des projections, lectures et autres temps d’échanges collectifs. » (édition numérique du livre à consulter ci-dessous)

Le Fabricatoire (1) Le Fabricatoire (2)

 

La dépendaison de crémaillère – retour sur expérience
Nous avons eu envie de revoir tout le monde après ces deux mois d’aventure, et de dépendre ensemble la crémaillère de l’appartement-témoin. Lucien Kroll souhaitait également se joindre à nous et faire un bilan, un temps de discussion autour du projet et des expériences de chacun. Et puis c’était l’occasion pour tous de découvrir le travail fraîchement réalisé par le Fabricatoire, la publication retraçant l’aventure collective. Alors, de quoi aura été témoin cet appartement ? Après avoir mis bout à bout toutes les histoires de chacun, quelques questions transversales parmi d’autres se dégagent.

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L’appropriation des lieux :
Chaque semaine, les équipes se succèdent, laissant aux suivants un nouvel état des lieux, et affichant photos et documents sur le mur d’archives. C’est un cadavre exquis qui s’est fait par accumulation mais aussi par soustraction : presque tous les collectifs ont dit avoir démarré par un grand nettoyage, ont eu besoin faire place neutre. Puis ils ont joué à pousser un peu les murs, même si la structure globale de l’appartement n’a pas été révolutionnée. On a parfois retrouvé le lit dans une alcôve de la cuisine, la salle de bain a vite disparu, la salle à manger ou les bureaux ont pris plus de place : certaines pièces étaient plus symboliques que d’autres, sans eau courante ni possibilité de passer la nuit sur place. Un espace de vie qui se transforme progressivement en espace de travail, logique lorsqu’on sait que certaines des équipes invitées avaient déjà transformé leurs propres espaces de travail en habitations. Certains ont rencontré des difficultés à faire leur place lorsque l’environnement était devenu trop personnalisé et ont eu besoin de faire le vide. Le mobilier que nous avions fabriqué a par exemple a posé problème par sa présence trop forte – certains ont préféré le mettre dehors (cf atelier flexible + ecos), d’autre l’ont finalement vendu lors d’une vente aux enchères (cf bureau cosmique). A la fin de l’exposition, on pouvait lire dans l’appartement une accumulation d’interventions, dont on ne pouvait souvent plus renseigner l’origine : qui a fait quoi ? Un banc construit par une équipe, transformé par une autre, pimpé par une troisième … des œuvres sans auteurs ou des œuvres collectives ? La dernière écriture pour clore l’expérience aura été celle de l’archivage, de l’inventaire, par l’édition d’un livre composé et (presque) imprimé pendant la résidence (cf le Fabricatoire), faisant défiler la vie de l’appartement témoin sur ses murs : le papier-peint des derniers jours avant démontage.

“Évidemment, il ne s’agira pas d’une œuvre d’architecture personnelle (…) mais d’une continuité de substance architecturale, dont la différenciation continue sera confiée morceau par morceau, en mosaïque, à un grand nombre d’architectes non narcissiques (…), différents les uns des autres et motivés à ces participations. Chacun sera imbriqué dans un mouvement commun (comme dans toutes les villes) et s’efforcera de faire jouer sa participation de façon aussi personnelle que possible dans la situation qui lui sera confiée (comme dans toutes les villes…).”

Lucien Kroll, dossier “Chantier l’image du Luth, ville de Genevilliers, Hauts-de-Seine”, 1990.

 

Habiter une exposition :
Cette exposition sous-titrée “une architecture habitée” était l’exposition du quotidien : au cœur de l’œuvre de Simone et Lucien Kroll, le public est venu pour découvrir documents graphiques, citations et maquettes au milieu de cagettes de pommes, odeurs de soupes, et des inconnus qui se reposaient ou travaillaient. Les collectifs invités pour exposer ont alors été eux-mêmes exposés au public, ainsi que filmés et diffusés en continu sur internet par la webcam que nous avions installée. Étrange sensation de se sentir observé, certains ont joué à brouiller l’image, installant un panneau avec la mire, coupure du signal de diffusion (cf J’aime beaucoup ce que vous faites). D’autres en ont fait un parti-pris théâtral, celui de “déconstruire le spectaculaire par le spectaculaire”, en mettant en scène chaque jour “la banalité” par des performances, des évènements prenant à parti le spectateur (cf le Bureau Cosmique). Une autre équipe a également choisi la mise en scène, cette fois non plus du banal mais d’un récit imaginé à partir du jeu de rôles Cluedo® : ils se sont mis dans la peau des personnages, se sont déguisés tout comme ils ont transformé les espaces, en fonction des personnages qu’ils devaient incarner (cf l’Atelier d’Eugène). Et puis il y a eu la colocation à 4 des Dérive, Fichtre, Mabire&Reich et des Raum : l’architecture du quotidien, pas qu’une affaire de professionnels mais de tout le monde, d’un anniversaire en famille et d’une partie de babyfoot. Ceux là ont tout simplement habité au lieu unique, par des évènements modestes, pour “vivre ce lieu” : une façon à part entière de fabriquer et transformer un lieu.

“L’habitation est une action ! “J’habite, tu habites, etc.”, et non un objet. Ne peut-on redécouvrir de nouvelles structures d’habitation qui soient plus libres et plus enrichissantes que l’isolement actuel ?”


Lucien Kroll, “La zone molle”

 

Le rapport espace public/ espace privé :
Autre question qui a traversé les esprits de différentes équipes : celle du rapport entre espace privé et espace public, entre l’appartement, ses espaces-tampons, l’exposition, le LU. En effet, on croisait dans cet appartement-témoin sans cesse visiteurs et inconnus, poussant certains à tenter de recréer une certaine intimité, en mettant par exemple une sonnette à l’entrée, ou en faisant le bilan intimité de chaque espace de l’appartement, à la manière d’un bilan énergétique (cf collectif Fil + Egrainage). D’autres ont aménagé un sas pour entrée (cf collectif Mit) ou installé des rideaux aux fenêtres (cf Bureau Cosmique). Ensuite, la question de la perméabilité de la façade, comme zone tampon entre le public et le privé. Des fenêtres ont été percées (cf le fabricatoire, et l’Atelier d’Eugène), d’autres l’ont transformée en panneau d’affichage (cf collectif Mit), ou y ont installé une boîte aux lettres (cf Fertile). “Est-ce que l’appartement c’est l’endroit ou faire des choses avec le public ou est-ce qu’on est pas mieux dans l’espace commun, justement avec les voisins ?” se demandait le Fabricatoire, qui a préféré s’installer hors de l’appartement pour y faire goûters et concerts, pendant qu’ils transformaient l’appartement en atelier de travail.

“Chaque maison possède un espace, un seuil sur le trottoir où se côtoient plantations persistante et autres fleurs de saison, porche en bois, poubelles… L’intimité commence donc bien avant d’avoir passé la porte d’entrée sur l’espace public. Parfois même les garages sont en saillie sur le trottoir.”
à propos des Vignes Blanches, 2013

 

Toutes les citations sont extraites du catalogue de l’exposition : Simone et Lucien Kroll, une architecture habitée, sous la direction de Patrick Bouchain, éditions Actes Sud, 2013.

Merci à Simone et Lucien Kroll, à Patrick Bouchain, à Édith Hallauer et Dato Tarielashvili. Merci à tous les collectifs et curieux qui ont joué le jeu, qui ont répondu présent, bien au delà de nos espérances. Merci à Alexandre Malfait, Hadrien Basch, Malo Mangin, pour le coup de main dans le montage de l’appartement. Merci au Lieu Unique : Patrick Gyger, Christelle Masure, Patricia Buck, Virginie Benon, Vincent Gallemand. Merci à toute l’équipe du restaurant, qui nous a accueilli chaque jour avec le sourire. Merci à toute l’équipe des techniciens avec qui nous avons cohabité pendant le montage de l’exposition et qui nous a donné de nombreux coups de main. Merci aux médiatrices Louise, Audrey, Diane, Leila et les autres qui ont été d’un fabuleux soutien tout le long de cette aventure. Merci à Yvette Masson Zanussi et Marco Stathopoulos. Merci à ceux qui nous ont offert des places où dormir (à défaut d’avoir pu le faire dans l’appartement-témoin), Vincent Guillouet et Andreas Campagno. Enfin merci aux 26 710 visiteurs qui sont passés découvrir l’œuvre de Simone et Lucien Kroll, et rencontrer les équipes résidentes.

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