En 2016 nous avons ouvert l’Ambassade du Turfu, un lieu de vie et de travail ouvert sur la rue, dans le quartier de la Belle de Mai. Par là, nous avons souhaité nous rendre disponible pour déployer des actions utiles et joyeuses pour le quartier et ses habitants.
Après nous être installés avec Adrien Zammit de l’atelier Formes Vives, le graphiste Quentin Bodin du collectif Super Terrain nous a officiellement rejoint au début de l’année 2018. Notre cohabitation au quotidien nous permet de mettre en commun des outils liés à l’action dans l’espace public et des savoir-faire dans le champ de la création graphique et plastique dans quelques actions communes tournées vers le quartier.
Nous vous proposons ici de revenir sur les moments forts de notre troisième année d’implantation à l’Ambassade du Turfu. Une année riche en rencontres et en collaborations, au gré d’actions dans les espaces publics du quartier, de chantiers dans des espaces communs et associatifs et d’évènements organisés à l’Ambassade du Turfu.

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1. En appui d’initiatives pour l’amélioration du cadre de vie dans le quartier

« Les femmes s’emparent de l’espace public », deux saisons d’actions

En 2016 nous avons fait la rencontre d’un groupe de femmes qui se rassemble chaque semaine et depuis plusieurs années à la Maison Pour Tous de la Belle de Mai. Elles échangent notamment sur leur quotidien et sur la place des femmes dans la société.
À un certain moment, elles font le constat qu’elles ne se sentaient pas à l’aise dans les espaces publics de leur quartier et qu’elles n’ont pas d’endroit où se poser en groupe ou avec leurs enfants. Elles ont alors décidé de passer à l’action pour se réapproprier des espaces de vie et montrer qu’à leur échelle elles sont capables de les améliorer. Mais aussi pour interpeller les pouvoirs publics sur la nécessité d’agir.
Jusqu’à aujourd’hui nous avons accompagné le groupe sur deux saisons d’actions, en collaboration Adrien Zammit.

Saison 1

En 2017, nous avions imaginé une série d’occupations festives dans lesquelles les femmes ont mis en scène des aménagements fictifs pour se réapproprier quatre espaces du quartier. Immortalisées par des photographies, cette saison d’actions avait donné lieu à une manifestation spontanée puis à une exposition itinérante. (retrouvez l’ensemble des images dans l’article suivant).

Saison 2

En 2018, les femmes ont souhaité réfléchir au manque de traces visibles laissées à l’échelle du quartier en se demandant comment leurs actions pourraient rester tangibles plus longtemps ?

Elles ont alors choisi de réaliser des images pour mener des campagnes d’affichage dans le quartier et amplifier encore la portée de leur idées.

Pour illustrer leurs images, elles ont choisi de mettre en avant les actions de femmes qu’elles estiment exemplaires pour améliorer la condition de tou·tes dans le quartier et d’expérimenter elles-mêmes ces pratiques. Pour commencer, elles ont mené une séance d’initiation au self-défense (toujours dans l’espace public), puis elles se sont essayées au jardinage de rue. Les maquettes des affiches sont réalisées à l’Ambassade du Turfu, avec Adrien Zammit, et seront prochainement  imprimées en sérigraphie dans notre tout nouvel espace dédié.

Grâce à la force du groupe et à la forme qu’a pris leur travail certaines membres disent avoir moins peur d’occuper les lieux du quartier et de défendre ce qui leur tient à cœur. Elles affirment se sentir citoyennes à part entière et plus seulement mères de famille ou femmes isolées et ont pris confiance dans leur capacité d’agir.

Contributions autour du devenir du Jardin Levat : un futur parc public pour la population du quartier ?

En 2017 la ville de Marseille a fait l’acquisition d’un ancien couvent et de ses hectares de terrain situés dans le quartier de la Belle de Mai. Celui-ci s’est trouvé intégré au périmètre de l’opération urbaine Quartiers Libres et constitue aujourd’hui un nouvel enjeu au sein de cette vaste opération. En attendant de déterminer la vocation de cet espace, la Mairie a décidé de confier temporairement la gestion de l’ancien couvent à l’association Juxtapoz qui y développe à huis-clos un projet de location d’espaces de travail à destination d’artistes et d’associations.

La mise en place d’un comité de gestion

À force de revendications, avec d’autres acteurs du quartier, nous avons obtenu l’ouverture partielle du jardin aux habitants du quartier et la mise en place d’un comité de gestion qui permette à des citoyens et à des structures locales de mettre en place des usages temporaires dans les espaces verts du domaine.
L’idée est de défendre la nécessité de considérer ce jardin comme un indispensable équipement de proximité pour la population, et son occupation temporaire comme un temps d’expérimentation pour préfigurer les usages à venir, en s’appuyant sur les initiatives locales.
L’action des délégués d’usage, a permis de donner lieu à la création d’une association de quartier « Les amis du jardin Levat » qui développe des activités de jardinage ouvertes au plus grand nombre et à la mise en place d’une convention avec les écoles primaires du quartier permettant aux professeurs d’y programmer des temps d’activités et de sensibilisation aux plantes.

La diffusion d’informations auprès des habitants du quartier

Début 2018, l’équipe du projet urbain a annoncé qu’elle s’apprêtait à organiser une réunion de concertation pour déterminer la vocation définitive du couvent et de son jardin. Devant l’absence de communication réalisée dans le quartier, nous avons estimé important de faire en sorte qu’un maximum d’habitants du quartier puisse en prendre connaissance et se préparer à y prendre part pour défendre leurs intérêts. Pour y parvenir, nous nous sommes joint au collectif d’habitants « J’y vis j’ai mon avis », qui se mobilise pour défendre la prise en compte des intérêts des habitants dans le projet Quartier Libres et nous avons mis en place plusieurs temps d’information dans l’espace public.


2. Animer un lieu ressource sur le territoire

Mettre les dynamiques locales en lien avec des expériences inspirantes : les ciné-club du Turfu

Les ciné-club du Turfu ont lieu environ tous les deux mois dans le local, ou en plein-air en fonction de la météo. Ces projections visent à croiser les regards entre une expérience locale – à l’échelle du quartier ou de la ville – et une expérience analogue plus lointaine. Cela permet de faire se rencontrer des acteurs, habitants du quartier, impliqués dans une dynamique locale avec des membres de l’équipe du film ou les protagonistes de l’expérience afin d’ouvrir des possibles.

Le mois dernier, en mars, nous avons accueilli Margaïd Quioc, journaliste et documentariste. Elle été venue présenter – avec quelques membres de l’équipe du roller derby de Marseille – Révolution Roller Girls, un documentaire qui retrace la rencontre de l’équipe marseillaise avec celle du Caire, unique équipe du Moyen-Orient.
En avant soirée et en avant-première, le film court : Les femmes sont immenses surtout en self-défense, réalisé par Boulègue TV, la télé-participative du troisième arrondissement de Marseille, montrait l’action entreprise par le groupe de femmes de la Maison Pour Tous sur leur initiation au self-défense, dans l’espace public. S’en est suivi une conversation entre ces deux groupes allant bon train. Le groupe Passer’elles à notamment fait part de sa volonté de s’initier au roller derby.
Une petite délégation de la Belle de Mai devrait se rendre à un entrainement au mois d’avril prochain. Aventure à suivre !

Expérimentations autour de la fabrique d’objets du quotidien : les ateliers Made in le Turfu

Cette année, nous proposons un nouveau type d’ateliers tournés vers l’expérimentation de la matière, l’apprentissage de savoir-faire artisanaux et la production locale. Au delà de la satisfaction que peuvent tirer les habitants dans le fait de façonner collectivement de beaux objets, l’objectif est de les conforter dans la capacité à faire par eux-mêmes.
De janvier à avril 2019, nous nous intéressons à la sérigraphie et à la confection d’objets textiles. Ces ateliers reposent sur deux types d’aspects : des ressources que nous mettons à disposition des participants : un espace de travail, des matériaux, des outils, des connaissances techniques et nos propres envies d’apprentissage, et celles que les habitants apportent : des matières glanées, leurs idées, leurs savoir-faire et leurs expériences personnelles. La part belle est faite au tâtonnement, à l’entraide et au hasard.

Une exposition rétrospective à l’Ambassade du Turfu : deux années d’actions dans le quartier

Sur une proposition du studio Fotokino, nous avons participé au Festival Laterna Magica en présentant les travaux réalisés depuis deux ans à la Belle de Mai : éditions papier, photos des projets de construction, photos des actions menées avec le groupe « Passer’elles » de la MPT, carte sensible du quartier de la Belle de Mai… Nous y avons présenté nos propres actions mêlées à d’autres productions des résidents de l’Ambassade du Turfu, l’intérêt étant de mélanger nos différents publics.

Cette exposition nous a permis de mettre en valeur les savoir-faire que nous sommes à même de mettre à disposition dans les projets  de collaboration dans le quartier.

3. Outiller des groupes pour mettre sur pied des équipements collectifs

La co-construction des cabanes du jardin Spinelly


Au mois de mars 2018, nous avons accompagné Les amis du jardin Spinelly, un groupe d’habitants mobilisé pour l’animation d’un jardin public situé sur la butte Saint-Mauront, pour construire une cabane à outils et un kiosque d’accueil. Retrouvez le récit détaillé de ce chantier sur l’article que nous avons dédié à cette action.

 

La co-construction d’un terrain multi-activité à la Fraternité Belle de Mai.


En 2018, nous avons également accompagné nos voisins de la Fraternité Belle de Mai dans la construction d’un équipement ludique et convivial sur un terrain attenant à leurs locaux. Un outil d’autonomisation pensé et réalisé avec un groupe d’adolescents, à destination des usagers du centre et, plus largement, des habitants du quartier. Une première phase d’ateliers a été menée entre l’hiver 2017 et l’été 2018 pour mettre au point le projet. Puis un temps fort s’est tenu à l’automne 2018 autour d’un chantier de co-construction, dont le déroulement détaillé vous est conté dans cet article.

4. Alimenter les dynamiques du quartier en invitant les acteurs d’un réseau national et international

3ème résidence du Turfu : un collectif espagnol à la rencontre des adolescents de la Frat’

Chaque année, nous invitons un groupe en résidence à l’ambassade du Turfu dans le but de mettre ses compétences au service d’une «commande d’utilité collective» exprimée par une assemblée, une association ou un groupe d’habitants du quartier de la Belle de Mai.
Nous mettons en lien les résidents avec le groupe d’usagers initiateurs de la « commande » afin qu’ils définissent puis co-construisent avec eux une réalisation utile au quartier. Pour chacune de ces résidences nous misons sur la complémentarité entre deux types de réalisations : des objets construits et des productions graphiques.

Cette année nous avons donc proposé de coupler une résidence adressée à des graphistes-artistes, avec le chantier que nous avons mené à la Fraternité Belle de Mai. Avec l’appui du groupe d’adolescents impliqué dans le projet, nous avons invité le collectif espagnol Boa Mistura, qui a pour particularité de proposer des processus de créations inclusifs. Leur proposition a alors été de créer avec les adolescents une très grande fresque sur l’un des murs de la parcelle dans laquelle nous co-construisons le chantier. Il a été proposé aux publics d’inscrire en grandes lettres un mot qui fasse sens pour eux et pour leur nouvel espace. Le mot choisi à été celui de RENCONTRE. La réalisation a fait l’objet d’un protocole libérateur consistant à peindre très librement toute sortes de dessins sur le mur avant d’en cerner des contours à la peinture blanche pour faire apparaître le mot.

2019 se profile dans le prolongement de cette dynamique bien lancée, forte de liens solides avec nos partenaires, publics et voisins du quartier. L’action avec les femmes se poursuivra avec des sessions d’impressions en sérigraphie dans le cabanon du Turfu, pour produire leur campagne d’affichage avant de l’installer sur les murs du quartier. La programmation des ciné-club suivra son cours avec plusieurs projections à venir jusqu’à l’été, parfois en plein air. À l’approche du printemps, les participants des ateliers du soir vont débuter la couture à partir des tissus sérigraphiés, pour bientôt repartir avec d’étonnants objets estampillés Made in le Turfu.

Et on le souhaite, bien d’autres surprises sont à venir !